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La Russie face à la 2ème guerre d’Afghanistan.

A l’ heure ou l’ offensive américaine en Afghanistan prend de plus en plus d’ ampleur et avec le soutien direct ou indirect de nombreux pays (Royaume-Uni en tête) , il est intéressant de se pencher sur la position particulière de la Russie face à ce conflit.

Au plan politique d’ abord, le président russe Vladimir Poutine a tout de suite condamné les attentats aux USA et assuré les américains de son plein soutient. Il a choisi de soutenir pleinement l’ Occident et s’ est refusé à isoler la Russie du reste du monde comme c’ est devenu, ces dernières années, une coutume russe.

Ce choix personnel, fort honorable pour lui, ne concorde cependant pas complètement avec l’ opinion russe sur la crise. Des sondages montrent même que pour beaucoup de russes, les attentats sont une leçon infligée à l’ Amérique et sa politique étrangère. Les russes reprochent en effet à l’ Amérique et à l’ occident en général leurs critiques de la guerre qu’ ils mènent en Tcétchénie contre des "rebelles" - islamiques eux aussi. Le mépris de la Russie de la part de l’ occident ressenti par une majorité de russes en est également une cause. Ainsi, l’ OTAN s’ est agrandie récemment à l’ Est avec l’ adhésion de trois anciens pays du bloc de l’ Est malgré les réticences de la Russie. On peut citer aussi l’ intervention décisive qu’ a eu la Russie dans la décision de Milosevic d’ accepter le retrait de ses troupes du Kosovo (alors que la Serbie était en mesure de continuer la guerre) et qui n’ a toujours pas été grandement reconnue. Sans parler du retrait américain du traité ABM et de leur projet de bouclier anti-missiles (NMD) qui fâche la Russie. La Russie voudrait également une plus grande place à l’ ONU et entrer dans l’ OMC (organisation mondiale du commerce)... Poutine doit donc faire attention à ne pas trop pencher pour l’ occident ; sans quoi, le peuple ne le suivrait pas forcément. D’ autant plus que la Russie est un des seuls pays à ne pas avoir été "récompensé" par les USA pour son soutient (l’ Inde et le Pakistan ont par exemple été de nouveau autorisés à acheter des armes aux USA...). Seule la critique de la guerre en Tchétchénie a disparu depuis le 11 Septembre.

Toutefois, la Russie ne peut se permettre d’ être absente du "grand jeu" qui se déroule de nouveau à ses frontières d’ Asie centrale. En effet, elle craint depuis longtemps des conflits avec les pays islamiques instables de cette région ; à l’ image de la guerre en Tchétchénie. Or les talibans sont parmi les islamiques fondamentalistes les plus radicaux de la région et soutiennent tous les groupes extrémistes, y-compris en Tchétchénie (armes, camps d’ entraînement, aide financière...).

Au plan militaire, une intervention de la Russie au coté des américains est fort peu probable pour les raisons précédemment édictées mais aussi à cause du traumatisme lié à la guerre d’ Afghanistan qui avait fait 14 000 morts et de très nombreux blessés dans les années 1980. De plus, la guerre de Tchétchénie mobilise beaucoup d’ unités russes (et ses meilleures en particulier). La Russie ne saurait donc ouvrir un autre front actuellement. D’ autant plus que la guerre en Tchétchénie mobilise aussi d’ importants moyens financiers.

La Russie se contente donc d’ un soutien logistique pour le moment tout en se préparant à toute éventualité. Elle a ainsi renforcé ses moyens militaires dans la région (au niveau des gardes frontière russes présents en Ouzbékistan notamment). La nouvelle force de réaction rapide multinationale mise en place à l’initiative de Moscou dans la région a d’ailleurs entamé depuis le 13 octobre des manœuvres au Kirghizistan. La Russie a sûrement aussi aidé les américains à installer des bases en Ouzbékistan grâce à ses relations privilégiées avec ce pays. Au niveau logistique, la Russie fournit, depuis plusieurs années déjà, une aide à l’ Alliance du Nord (qui était dirigée par le charismatique commandant Massoud avant sa mort lors d’ un attentat) sous forme de quelques livraisons d’ armes et de munitions. C’ est un des seuls pays avec l’ Iran qui avaient compris depuis longtemps que les talibans étaient très dangereux et qu’ ils ne s’ arrêteraient sûrement pas aux frontières afghanes. La Russie va donc renforcer son aide à l’ Alliance du Nord. La décision a été prise de livrer en nombre aux afghans des blindés (chars T-55/62 et véhicules de combat blindés d’ infanterie BMP-1/2 et BTR-60), des pièces d’ artillerie ( canons de 122mm D-30 et antiaériens de 23mm ZSU-4-23, des mortiers, et peut-être des LRM Grad de 122mm...), des hélicoptères de combat (on parle de 6 Mi-24 et 6 Mi-8 ?), des armes individuelles (AK-74...), du matériel de communication, quantités de munitions et d’ essence, des vêtements, des outils, des pièces de rechange... Le volume total de cette aide militaire devrait atteindre 40 à 45 millions de dollars d’ ici la fin de l’ année. Ces transferts pourraient être financés en partie par les USA. Des munitions auraient déjà été larguées par des avions américains récemment tandis que le matériel lourd passe par le Tadjikistan. Selon certaines sources non confirmées, les troupes russes convoyant le matériel auraient essuyé des tirs des talibans et l’ aviation russe aurait répliqué à plusieurs reprises.

Article

> Mise à jour : août 2006
> Date de publication : octobre 2001

> Auteur : Redstars.



Attentats du World Trade Centre à New York


Un Mi-24 de l’Alliance du Nord.