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BPC

Historique

La Marine russe ne possédant plus de navires amphibies de fort tonnage depuis le retrait du service des Ivan Rogov (Projet 1174) dans les années 1990-2000 et son industrie nationale n’étant plus capable d’en fabriquer, elle s’était tournée dès 2008 vers la France pour regagner cette capacité. Hors États-Unis, la marine française est en effet l’une des plus expérimentées au monde dans les opérations amphibies et disposait depuis 2006 de nouveaux navires d’un bon rapport coût / efficacité : les "Bâtiment de Projection et de Commandement" (BPC) de type "Mistral" conçus par Naval Group (DNCS à l’époque) et fabriqués par le chantier naval STX France à Saint-Nazaire. De plus, les relations franco-russes étaient au beau fixe à cette époque.

Après 3 ans de négociations, la Russie annonçait son choix du Mistral fin décembre 2011 et signait un accord de gouvernement à gouvernement avec la France en janvier 2012. Un contrat d’1,2 Mds € était ensuite signé entre Naval Group et Rosoboronexport, l’agence russe chargée des exportations d’armements mais aussi des importations, en juin 2011 pour les deux premiers BPC (+ 2 options). Un contrat de services (soutien initial et formations) était aussi signé en parallèle. Le montage industriel prévoyait la construction de 80% du premier navire en France et de 60% du second tandis que les chantiers navals russes du holding OSK se chargeraient du reste après un transfert de technologies. Le schéma s’inverserait pour les 2 suivants qui seraient produits à 60 et 80% en Russie si les options étaient affermies.

Les BPC russes étaient techniquement assez similaires au "Dixmude", le 3ème BPC français de type Mistral incorporant déjà quelques améliorations mineures comme un propulseur d’étrave supplémentaire, si ce n’est que l’îlot ne disposait pas de passerelle de défense à vue et que le radier était totalement fermé. Les BPC russes disposaient également de quelques autres adaptations spécifiques. Le pont, les ascenseurs et le hangar aéronautique étaient notamment adaptés à la mise en œuvre des hélicoptères à double rotor de Kamov. Ils bénéficiaient aussi d’une coque renforcée et d’un système de dégivrage partiel du pont d’envol pour opérer dans le nord de la Russie. Les systèmes électriques, les interfaces hommes-machines et la signalétique étaient évidemment adaptés aux normes et à la langue russes. Enfin, les BPC russes devaient intégrer des systèmes de communications et armements russes. Ils conservaient néanmoins le système de combat SENIT français malgré quelques réticences de la France à céder ce bijou technologique au départ. D’autres équipements français étaient enfin conservés comme le radar de surveillance MRR-3D-NG de Thales.

Les BPC sont construits selon des normes civiles pour des raisons de coût et de rapidité de construction mais il s’agit de véritables navires de débarquement amphibie pouvant transporter 450 hommes (jusqu’à 900 sur de courtes durées) et 70 véhicules (dont 13 chars). Un radier permet d’embarquer jusqu’à 4 chalands de débarquement LCU classiques ou 2 engins amphibies sur coussins d’airs (type LCAC américain) pour plager hommes et véhicules. Les BPC français peuvent également mettre en œuvre le nouveau "Landing Catamaran" (L-CAT) de CNIM également désigné "Engin de Débarquement Amphibie Rapide" (EDA-R) dans la marine française. Il s’agit d’un navire innovant basé sur l’intégration d’une plateforme de chargement mobile dans une coque de catamaran. En position haute, le L-CAT est un catamaran qui se transforme en navire à fond plat en déplaçant sa plateforme en position basse, permettant ainsi le débarquement sur plage. Le L-CAT peut transporter 80 tonnes à 18 nœuds et revenir à vide à 30 nœuds. 4 L-CAT ont été commandés à CNIM par la marine française en 2009 tandis que la Russie devait devenir son premier client export avant annulation du contrat d’Etat à Etat franco-russe.

Dotés de 6 spots d’appontage et de 2 ascenseurs communiquant avec un hangar capable d’accueillir 16 hélicoptères, les BPC constituent une base flottante pour un groupe aéromobile. Si les BPC français embarquent des hélicoptères de combat Tigre et Gazelle ainsi que des hélicoptères de transport Puma, Cougar ou NH-90, les BPC russes étaient quant à eux adaptés aux hélicoptères anti sous-marins Ka-27/28, de transport d’assaut Ka-29 et de combat Ka-52K (version navale du Ka-52 avec une capacité anti-navires). Soit une puissance aérienne non négligeable en appui d’un débarquement ou comme force d’attaque basée à la mer comme lors des opérations des BPC français face aux côtes libyennes en 2011...

Le BPC est en outre doté d’installations de commandement et médicales importantes lui permettant de servir de poste de commandement, de moyen de secours et assistance lors de catastrophes humanitaires ou d’évacuation de ressortissants, etc.

L’armement des BPC russe devait être composé de 2 canons multitubes AK-630 de 30 mm (sur tribord avant et bâbord arrière) et 2 systèmes 3M47 Ghibka (sur bâbord avant et tribord arrière). Ce dernier comprend 4 lance-missiles sol-air Igla ou Igla-S de jusqu’à 6 km de portée. Il existe également une variante à 8 missiles.

La construction du premier BPC russe a commencé en France dès fin 2011 tandis que sa mise sur cale est intervenue le 1er février 2013. Les chantiers russes de la Baltique avaient quant à eux lancé en août 2012 la fabrication des blocs arrière du premier navire (correspondant à la part russe de 20%). Les 2 BPC en options devaient être commandés fin 2012 ou en 2013 pour achever le rééquipement des Flottes du Nord (2 BPC) et du Pacifique (2). La Russie a cependant décidé fin 2012 de ne pas exercer les options.

L’intervention des troupes russes en Crimée (Ukraine) fin février 2014 tombe au mauvais moment pour le contrat BPC : le premier navire russe commence ses essais à la mer début mars 2014 en vue d’une livraison à la marine russe en novembre 2014... Devant la situation en Ukraine qui ne s’améliore pas, la France décide le 3 septembre 2014 (veille du sommet de l’OTAN...) de suspendre la livraison des BPC alors que le premier est mis à l’eau en octobre 2014. En janvier 2015, la France met finalement fin au contrat et un accord d’indemnisation d’1,16 milliards d’euros est trouvé avec les russes à l’été 2015.

La France parvient très rapidement, en septembre 2015, à revendre les 2 BPC à la marine égyptienne pour 950 millions d’euros. Ils sont respectivement livrés en juin et septembre 2016 après une phase d’adaptation de leurs équipements. Ce qui met fin à l’aventure des BPC franco-russes.

La Marine russe n’a pour autant pas abandonné son projet d’acquérir de nouveaux bâtiments amphibies de fort tonnage. D’autant plus qu’elle dispose désormais des chantiers navals de Crimée spécialisés dans les gros navires... Le bureau d’études Nevsky aurait lancé en 2020 la préparation de la construction de 2 navires de type "Projet 23900" légèrement plus lourds (25 000 tonnes pour 220 mètres de long) que les BPC français mais sans doute en partie inspirés de ces derniers. La Russie ayant eu accès aux plans des BPC français.

BPC français BPC russe
DIMENSIONS
Longueur 199 m 199 m
Largeur 32 m 32 m
Tirant d’eau 6,2 m 6,2 m
MASSES
déplacement 22 000 t 22 000 t
PERFORMANCES
vitesse maxi 19 noeuds 19 noeuds
distance franchissable 11 000 miles à 15 nds 11 000 miles à 15 nds
autonomie n.c. n.c.
MOTORISATION
type 4 diesels Wärtsilä + 2 pods Mermaid 4 diesels Wärtsilä + 2 pods Mermaid
puissance 19 000 ch 19 000 ch
ARMEMENTS
surface air 2 x Simbad (2 x Mistral) 2 x 3M47 Gibka (4 x Igla ou Igla-S)
canons 2 x 30 mm (monotube) 2 x AK-630 (multitubes de 30 mm)
mitrailleuses 4 x 12,7 mm n.c.
CAPACITES
hélicoptères jusqu’à 16 Tigre et NH-90 jusqu’à 16 Ka-52K, Ka-29 et Ka-27
équipage 170 hommes 170 hommes
transport de troupes 450 hommes 450 hommes
radier 4 chalands LCU ou 2 EDA-R n.c.
cargo 70 véhicules dont 13 chars Leclerc 70 véhicules
PC modulaire 750 m2 (150 postes opérateurs) idem
Hôpital 750 m2 (2 blocs opératoires et 69 lits) idem

Le BPC dans le monde

Pays Nombre Livraisons Commentaires
Russie 0 - 2 commandés (le "Sebastopol" et le "Vladivostok") pour des livraisons en 2014-15 (+2 options) avant annulation du contrat en 2014 et revente à l’Egypte.
France 3 2006-12 "Mistral", "Tonnerre" et "Dixmude" livrés en 2006, 2007 et 2012. Un 4ème BPC était projeté à l’horizon 2020 mais le Livre Blanc de la défense 2013 a mis fin à ce projet.
Egypte 2 2016

Article

> Mise à jour : février 2021
> Date de publication : novembre 2012

> Auteur : redstars.



Illustration du futur BPC russe (DCNS).


Illustration du futur BPC russe (DCNS).


L’EDA-R dans le radier d’un BPC français (photo : Mer et Marine).


Un EDA-R de la marine française transportant 1 4x4 blindé de transport de troupes VAB et 3 camions tactiques.


Les 2 BPC russes à quai dans l’attente de leur nouveau client (photo : Philippe Chapleau)


Maquette de ce que pourraient être les futurs bâtiments amphibies russes, construits en Russie cette fois.